Agribusiness TV : l’impact d’une web télé !

Alphonse Sié Palm © Image personnelle

Quand il lançait Agribusiness TV en mai 2016, Inoussa Maiga voulait « faire voir des modèles de jeunes entrepreneurs agricoles à succès » en Afrique. Il y a réussi et l’impact est bien visible.

Dans cet article, l’histoire de : Alphonse Sié Palm, Conseiller d’entreprise, jeune entrepreneur en agriculture intégrée. Il fait de l’élevage des porcs et dans la culture du maïs. Le groupement féminin Nerwaya de Donsin, spécialisé dans la transformation des produits agricoles notamment la purée de tomate. Et Fayçal Palenfo, ingénieur en élevage et promoteur de Faso élevage.

Mardi 20 août, après quelques échanges avec Inoussa Maiga dans son bureau aux 1200 logements à Ouagadougou, il nous laisse des contacts de quelques personnes sur qui sa Web TV a réalisé des reportages. Fait partie de celles-ci, Alphonse Sié Palm. Un coup de fil et ce dernier nous donne rendez-vous instantanément. Quelques instants, nous sommes reçus dans son bureau au centre-ville de Ouagadougou. Il est un conseiller d’entreprise dans une agence de financement et de promotion des petites et moyennes entreprises.

Le voir dans ses sapes ce jour, il contraste avec les images où on le voit dans sa porcherie. Diplômé d’une maîtrise en Science de gestion de l’université Ouaga 1, Alphonse Sié Palm entreprend dans l’agriculture intégrée (agriculture et élevage) précisément l’élevage des porcs. Dans cette pratique de l’agriculture intégrée, il utilise les déchets des porcs pour enrichir le champ et les récoltes sont utilisées pour nourrir ses animaux.

Son histoire avec l’élevage des porcs remonte à ses années de collège. La race large white est celle qu’il a vue pour la première fois quand il était en classe de 5e et promet d’en élever plus tard. En attendant, il aide sa mère à élever les porcs locaux. A sa deuxième année d’université, avec son Foner (fonds national pour l’éducation et la recherche, de 150 000 fcfa à l’époque, octroyé sous forme d’aide aux étudiants non boursiers au Burkina), il agrandit la ferme familiale. Après sa maîtrise en 2010, il commence à chercher des financements pour se consacrer à l’élevage de la race large white. Après une soumission à projets, la chance lui sourit. Il obtient un financement de 6,5 millions fcfa. Avec une moyenne de 150 porcs, il dépasse la barre de 10 millions fcfa comme chiffre d’affaires annuel.

Alphonse Sié Palm dans son bureau à Ouagadougou le 20 août 2019 © Hakili Times

Un partenariat agricole

Comme beaucoup d’autres jeunes, il n’a aucune visibilité. Agribusiness TV lui consacre un reportage. C’est un coup de grâce. Il est contacté de partout, au-delà même des frontières du Burkina. Mais un contact va avoir un impact plus marquant. Un Burkinabè, formé à l’agriculture dans les années 76-79, vivant en Espagne le contacte. Ce dernier a un objectif : un partenariat dans le domaine agricole. En séjour au pays, nous avons pu rencontrer ce partenaire à Ouagadougou le 20 août. Pour justifier sa motivation à travailler avec Alphonse Sié Palm, il confie : « Il a eu le courage de s’intéresser à un domaine que beaucoup de jeunes fuient : l’agriculture. Ce qui m’a le plus plu dans la vidéo (le reportage), il a dit qu’il ambitionne devenir un grand agriculteur au-delà même du Burkina. »

En décembre 2017 cette coopération se concrétise avec l’arrivée au Burkina de matériels agricoles dont un tracteur pour labourer, une autre machine, Chaptools pour le nivellement du sol et deux motoculteurs. Ils disposent ainsi d’un terrain de 10 ha pour la culture du maïs. Cependant, pour des problèmes de calendrier, ce volet n’est pas encore tout à fait effectif. Mais à écouter les deux partenaires, ils ont même beaucoup d’autres projets dans les domaines du transport et du BTP.

De Donsin à l’international

Agribusiness TV réalise des reportages vidéo qui mettent en exergue des femmes et des hommes âgés de moins de 40 ans, qui sont engagés dans l’entrepreneuriat agricole dans n’importe quel segment de la chaine de valeur du secteur (production, fourniture d’intrants, recherche, vulgarisation agricole, transformation, transport, commercialisation, etc.). Mais, il y a des exceptions. Surtout que la chaîne portée d’abord sur son blog Googol Farmer, le promoteur y publiait de petites vidéos sur des expériences intéressantes dans le domaine agro-pastoral et du monde rural de manière plus large. D’où le reportage sur le groupement féminin Nerwaya de Donsin de l’Association Song Koaadba (signifiant Association d’aide mutuelle des paysans).

Le groupement est spécialisé dans la transformation des produits agricoles notamment la purée de tomate. Existant depuis 1995, son activité principale consistait au séchage de la tomate et autres légumes en vue de la vente. Mais cette pratique ne rapportait pas assez pour les femmes. En 2002, elles bénéficient, grâce à l’Association Song Koaadba, d’une formation dispensée par un couple italien à la transformation de la purée de tomate qui a sans doute changé leur vie. Le produit est composé à 100% de tomates fraiches conditionnées dans des bocaux de 350 kg. Le groupement emploie 24 femmes transformatrices qui produisent 1 000 bocaux par jour.

Les femmes du groupement féminin Nerwaya de Donsin en pleine séance de travail. © Image personnelle

Situé à 35 kilomètres de Ouagadougou dont 12 km de voie non bitumée, nous sommes partis à la rencontre de ces femmes le 23 août dernier à Donsin. Le reportage d’un peu plus de quatre minutes réalisé par Agribusiness TV en mars 2018 leur aura apporté aussi un coup de grâce.

Elles racontent que depuis la mise en ligne de la vidéo, elles ont grandi en visibilité assortie de demandes de partenariats. Un Malien intéressé est venu visiter et envisage d’implanter une unité de transformation dans son pays. Un Burkinabè qui, lui, veut avoir une exclusivité sur les produits afin de se placer comme distributeur. Des autorités politiques, des ONG et bien d’autres personnes leur ont rendu visite soit de courtoisie et d’encouragement soit dans le but de tirer profit de leur expérience. Elles ont même reçu deux stagiaires en années de Licence et de Master.

Marie Jeanne Ouédraogo en licence marketing a effectué un stage de deux mois. « Elaboration d’une stratégie de commercialisation de la purée de tomate Tônd-Koodo de Nerwaya » tel est donc le thème de son mémoire. Elle part du constat que ces femmes avaient des difficultés pour commercialiser leur produit. Amandine Yanogo, elle, fait un master en gestion de projet de développement. Elle a passé quatre semaines au sein du groupement à Donsin pour effectuer son stage. « Le documentaire (reportage Agribusiness TV) m’a vraiment plu… » confie-t-elle. Elle consacre ainsi son mémoire sur le travail du groupement Nerwaya. « Contribution de la purée de tomate Tônd-Koodo à l’autonomisation des femmes du groupement féminin Nerwaya de Donsin » s’intitule son thème de mémoire.

Cependant, il y a un cas beaucoup plus marquant. Celui d’un Guinéen vivant au Qatar. Ce dernier a été alerté par les femmes de son village au pays. Celles-ci sont intéressées d’apprendre de leurs sœurs burkinabè. L’homme rentre en contact avec les femmes du groupement. Elles sont disposées à partager leur expérience. Mais elles le font sans prendre de l’argent. « Etant donné que ce sont des femmes comme nous qui veulent apprendre, nous sommes disposées à le faire gratuitement afin qu’elles puissent à leur tour aider d’autres à s’auto suffirent financièrement. » expliquent les femmes du groupement.

Un geste qui a beaucoup plu au Guinéen. Il décide alors de signer un partenariat avec l’Association (maison mère du groupement). Il s’engage alors à aider financièrement pendant cinq ans avec des bocaux mais aussi à changer leur machine à broyer. L’objectif, à l’avenir, de ce partenariat c’est mettre en place un cadre de coordination des femmes du Burkina et celles de la Guinée dans le but de conquérir les marchés des deux pays et plus tard le marché sous-régional. Une voie royale qui s’ouvre à ces femmes de Donsin.

De la crédibilité

Comme les précédents, Agribusiness TV a consacré deux reportages à Faso élevage : un sur la formation que les promoteurs de cette SARL (société à responsabilité limitée) dispensent sur l’élevage et l’autre sur les couveuses et autres matériels qu’ils fabriquent. Fayçal Palenfo, ingénieur en élevage en est le premier responsable.

Pour lui, l’impact de ces reportages sur leurs activités est non négligeable. Ils ont apporté de la « crédibilité », dira-t-il, à leur société. Cela pour une raison, selon lui : « Agribusiness TV a une identité. Ils ne s’intéressent à quelque chose que quand c’est du sérieux ».

Fayçal Palenfo, promoteur de Faso Elevage © DR

A l’image des autres, Faso élevage a eu des demandes de partenariat. « Mais nous n’avons pas adhéré car ce sont des firmes à l’international qui voulaient que nous soyons leur répondant ici au Burkina. Nous avons fait le choix de valoriser les produits locaux. » confie M. Palenfo. C’est une façon à eux d’être en conformité avec l’objectif primaire de leur société : moderniser et professionnaliser le secteur agricole au Burkina et en Afrique, promouvoir les matériaux d’élevage locaux et faire la promotion de l’élevage bio en boostant la production.

Débuté à la maison, aujourd’hui Faso élevage a son siège à Ouagadougou et une représentation à Bobo Dioulasso, deuxième ville du pays. La demande, elle, est de plus en plus forte. De quoi permettre à ses promoteurs et employés de « vivre » selon Fayçal Palenfo.

Par Edjo KANKO

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