Assemblée générale des Nations Unies : l’Afrique plaide pour son agriculture

Assemblée générale des Nations unies. © ONU Femmes

Face à l’insécurité alimentaire chronique, l’Afrique plaide à la 74e Assemblée générale des Nations Unies pour son agriculture confrontée aux défis des changements climatiques. Si un appel est fait pour une « réaction mondiale », une coopération Sud-Sud est recommandée.

« Cela suffit ! Il est inacceptable que 250 millions d’Africains continent de souffrir de la faim. L’heure est à l’action ! » C’est ainsi que s’est indigné le président de la Banque africaine de développement, Akinwumi Adesina. C’était au cours d’une réunion des ministres et hauts responsables réunis à New-York dans le cadre de l’Assemblée générale des Nations unies et qui ont plaidé en faveur de la coopération Sud-Sud pour la sécurité alimentaire.

« Des solutions, qui ont fait leurs preuves au Sud, existent : répliquons-les à grande échelle, en mettant en commun toutes nos ressources ! », a lancé le président de la Banque. La secrétaire exécutive de la Commission économique de l’ONU pour l’Afrique, Vera Songwe lui emboite le pas et renchérit : « le Rwanda est aujourd’hui un exportateur net de riz alors qu’il en était un importateur net en 2008. Pourquoi la Guinée-Bissau, qui en est un importateur net, n’arriverait-elle pas à suivre l’exemple du Rwanda, en profitant du leadership marocain dans les engrais, de l’expertise technique de l’Organisation mondiale de l’alimentation (FAO) et du financement de la Banque africaine de développement ? »

Pour Ibrahim Thiaw, secrétaire exécutif de la Convention des Nations Unies pour combattre la désertification, cela est dû « à ce que nous avons tendance à nous sous-estimer » alors que la coopération Sud-Sud peut être redoutablement efficace.

De fait, l’Afrique pourrait devenir le grenier du monde, s’est enthousiasmé Nasser Bourita, ministre marocain des Affaires étrangères et de la coopération internationale. « Les initiatives de coopération Sud-Sud lancées récemment connaissent un succès important. L’initiative Soutenabilité, Stabilité et Sécurité (3S), initialement lancée par le Maroc et le Sénégal pour créer des emplois aux jeunes, aux femmes et aux migrants à travers la restauration de terres dégradées, connait un tel succès que 14 pays l’ont rejointe », témoigne-t-il.

La menace climatique

Les problèmes de dégradation des terres constituent cependant une menace pour les agriculteurs notamment ceux de la bande aride du Sahel. D’où le plaidoyer du président nigérien, Mahamadou Issoufou, le 22 septembre, lors d’une réunion de la Commission du climat pour la région du Sahel qui se tenait aux Nations unies. Il en a profité pour appeler à une « réaction mondiale ». En fait, fait-il savoir, c’est 250 millions de personnes vivant dans la région qui sont en train d’affronter la sécheresse, la désertification et d’autres conséquences du changement climatique.

« La situation qui prévaut dans le Sahel comporte des enjeux d’ordre planétaire, et elle exige une réponse à la même échelle », a dit le président Issoufou. Poursuivant son plaidoyer, Mahamadou Issoufou a indiqué que « les agriculteurs du Niger perdent chaque année 100 000 hectares de terres arables à cause du fait que les précipitations imprévisibles, les températures extrêmes et les sécheresses sont en train d’assécher les points d’eau sur lesquels comptent les éleveurs. »

Malgré tout, le président nigérien ne se veut pas pessimiste face à la situation. On peut bien inverser la propension à condition que les partenaires agissent conséquemment.  « Il est toujours possible d’inverser la tendance et de relever ces défis, mais cela exige des efforts d’adaptation qui soient durables ainsi que des actions collectives, avec le soutien de nos partenaires », a déclaré M. Issoufou.

Le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres mesure bien la portée de la situation climatique sur la bande sahélienne. « Les fermiers et les éleveurs dont les relations étaient harmonieuses se battent maintenant entre eux pour des terres de plus en plus réduites, ce qui aggrave une situation déjà instable », a déclaré M. Guterres. Paradoxalement, relève-t-il, « les populations du Sahel n’ont que peu d’incidence sur le changement climatique, mais que c’est elles qui « souffrent le plus » de la hausse des températures et des précipitations imprévisibles. »

« En Afrique, se désole Akinwumi Adesina, des millions d’agriculteurs sont en train de souffrir des effets dévastateurs de la sécheresse dans le Sahel. Ce ne sont pas seulement leurs moyens d’existence qui sont en jeu, mais leurs communautés et leurs modes de vie ».

Le président de la Banque africaine de développement a ainsi appelé à des interventions financières pour relever « ce défi crucial » du moment.

Basidou KINDA

 

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