Burkina Faso : 24, le chiffre maudit

Des militaires burkinabè devant le Camp Guillaume à Ouagadougou

24 militaires tués, autant dire que le bilan est effroyable au point de créer des ressentiments au sein de l’armée. Il faut à tout prix éviter un autre Koutougou. (Commentaire)

L’attaque de Koutougou, le lundi 19 août 2019, a provoqué de vives émotions et critiques au sein de la population. Le détachement militaire de Koutougou, province du Soum, a été la cible d’une « attaque d’envergure » perpétrée par « des groupes armés terroristes ». Le bilan est effroyable : 24 militaires sont tués, sept blessés et des dégâts matériels.

Cette attaque fait donc date car étant considérée comme la plus meurtrière  jamais perpétrée contre les forces armées burkinabè, ce, depuis le début des attaques terroristes en 2015. La plus meurtrière déjà enregistrée a été commise en décembre 2016 dans la même province du Soum, faisant 12 morts à Nassoumbou. Les assaillants, au nombre d’une quarantaine, étaient arrivés à bord de véhicules pick-up et de motos, et avaient attaqué un poste militaire à une trentaine de kilomètres du Mali. On est donc passé du simple au double, en nombre de morts.

>>Lire aussi |Burkina Faso : bilan officiel de 24 militaires tués dans une attaque terroriste

Face à ce lourd bilan, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré a pris un décret instituant un deuil de 72 heures, à compter du 23 août. Car « Le 19 août est une tache noire dans la vie de notre armée nationale » a-t-il admis. Pour l’une des rares fois, le président Kaboré a adopté un ton assez ferme à l’image de « La Patrie ou la Mort, nous vaincrons », devise du pays sous la Révolution dirigée par Thomas Sankara de 1983-1987. «Le Burkina Faso ne cédera pas une partie du territoire, dussions-nous, tous, y laisser notre vie » martèlera le chef de l’Etat dans un message à la nation le 20 août. Encore faut-il que cela soit suivi d’actions fortes !

Ressentiment des militaires

Rien d’ailleurs de cela ne convainc du côté de l’armée. Le chiffre 24 est difficile à admettre.  Ainsi, dans la nuit du jeudi au vendredi 23 août, des coups de feu sont attendus au Camp Guillaume à Ouagadougou. Des militaires manifestent leur mécontentement. « Cette situation est l’expression d’un ressentiment par rapport à l’attaque de Koutougou » révèle le ministre de la Communication, Remis Fulgance Dandjinou dans un communiqué rendu public. Ressentiment signifiant d’ailleurs, « souvenir d’une injure, d’une  injustice, avec le désir de s’en venger (Le Petit Larousse 2010) » on peut légitimement se demander envers qui se manifeste ce sentiment : les terroristes ?, les autorités militaires et politiques ? Chacun peut se faire son idée. Bref ! Le document rassure que le chef d’Etat-major général des Armées, Moïse Minoungou,  après s’être rendu sur les lieux « a obtenu le retour du calme et de la sérénité ».

Et dire que le 21 août déjà,  le bruit d’une manifestation des militaires a circulé dans la ville. Certes, le CEMGA avait démenti cette « rumeur ». Le gouvernement, lui, ne cesse de « rassurer sur le caractère républicain » des forces armées nationales. Mais encore faut-il espérer que tant de ressentiments refoulés n’échappent au contrôle un de ces jours.

Par Edjo Kanko

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