Covid-19 : le sort des déplacés

Huguette Yago en train de sensibiliser les personnes déplacées sur l'Hygiène. © Oxfam

Ils sont 5 millions de déplacés au Sahel et en République centrafricaine selon l’ONG Oxfam. Confrontés au manque d’eau et de leur condition de survie, se protéger contre le coronavirus s’avère assez difficile.

« Ici cette maladie (coronavirus) fait encore plus peur que les groupes armés. Nous sommes tous découragés. Nous manquons de tout pour mettre en place l’hygiène et les mesures de prévention nécessaires sur le site. » Il s’agit là du témoignage d’Issouf Kagoné, représentant des déplacés d’un site à Kaya (Burkina Faso). Propos rapportés par Oxfam en Afrique de l’ouest dans un communiqué en date du 6 avril 2020.

L’inquiétude dévient grandissante surtout que des cas de coronavirus se rapprochent « dangereusement » d’une ville comme Kaya. En effet, Ziniaré et Kongoussi, avec lesquelles elle partage des frontières ont chacune des cas confirmés.

Manque d’eau et promiscuité

Dans ce contexte, l’eau, qui est une ressource de propriété pour se protéger contre la maladie, est en manque. Au-delà du manque d’eau, la promiscuité et son risque d’accélérateur dans la propagation du virus est également très alarmante. « Pour ce qui est de la distanciation sociale, la situation est encore plus grave, car les abris sont supposés recevoir un maximum de sept personnes. Mais la réalité est toute autre, nous nous retrouvons avec 15 à 20 personnes par abri ». C’est ainsi que décrit la situation, Huguette Yago, Ingénieure eau, hygiène et assainissement pour AGED (Association pour la Gestion de l’Environnement et le Développement (AGED) partenaire d’Oxfam au Burkina Faso. Elle (Huguette) gère l’approvisionnement en eau et en équipements sanitaires ainsi que la sensibilisation à l’hygiène pour 3 500 personnes déplacées sur les sites de Pissila, au Centre-nord du Burkina.

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Mme Yago et ses collaborateurs s’attèlent à sensibiliser la population sur les mesures d’hygiène, au respect des consignes données par l’OMS et le ministère en charge de la santé comme le lavage fréquent des mains à l’eau et au savon, le port de masque et la distanciation sociale. Mais les personnes déplacées ont aussi leur théorie face à de telles mesures.

« Elles se disent être au courant de la maladie mais ne peuvent pas respecter ces mesures car le peu d’eau qu’elles arrivent à obtenir ne peut être gaspillée pour se laver les mains plusieurs fois. En plus, le savon de 400 g qu’elles reçoivent chaque mois n’est pas suffisant pour tout le mois. Comment faire alors pour se laver régulièrement les mains ? » rapporte ainsi Huguette Yago.

Des millions de vie déjà éprouvées

En République de Centrafrique, la situation est également très préoccupante. Considéré par l’ONU comme l’un des pays les « moins préparés » au monde à faire face à l’épidémie de Covid-19, une personne sur deux a, en Centrafrique, besoin d’une aide humanitaire et environ 70% des services de santé sont fournis par des organisations humanitaires.

« Face à cette menace de pandémie, si nous ne pouvons pas augmenter l’aide que nous apportons notamment sur la sensibilisation et l’hygiène, je n’ose même pas imaginer ce qui va se passer. » Ainsi témoigne Clarisse Kemby, chargée de la promotion de la santé publique pour Oxfam en RCA.

« La vie de millions de personnes, déjà éprouvées par des crises terribles, est en jeu au Sahel et en République Centrafricaine. Cette pandémie n’a pas de frontières, personne ne sera en sécurité, tant que nous n’aurons pas les ressources pour que tout le monde soit en sécurité. Plus que jamais, nous avons besoin de l’appui de la communauté internationale pour faire face. » a conclu Adama Coulibaly, Directeur régional d’Oxfam en Afrique de l’Ouest et du Centre.

Basidou KINDA

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