Filière laitière en Afrique de l’ouest : menace sur un secteur vital de l’économie

©monlaitestlocal.africa

Le lait local ouest-africain est en danger. La survie de 48 millions de personnes est ainsi menacée. Il est urgent, selon 55 organisations de producteurs et productrices, de prendre des mesures politiques adéquates.

La filière est déjà en difficulté du fait de l’insécurité (terrorisme) dans le sahel. A cela s’ajoutent les effets de la crise de la pandémie de la Covid-19 et l’éternel dumping des produits laitiers européens. C’est le diagnostic fait par les initiateurs de la campagne Mon lait est local (►ici) à l’occasion de la Journée mondiale du lait, le 1er juin.

A titre d’exemples, des producteurs laitiers au Burkina Faso, au Mali, au Niger, au Sénégal enregistrent des pertes financières importantes et de cheptel en raison de la pandémie de la Covid-19. Ainsi pour le mois de mars 2020, la laiterie Kossam, au Burkina Faso, a enregistré une perte de six millions de FCFA, soit plus de 9 000 euros.

Les mesures restrictives prises pour lutter contre la pandémie y sont pour quelque chose. Principalement trois, il s’agit de la fermeture des frontières, les restrictions de mouvements et les mesures de limitation de la mobilité interne et entre les pays. Cet état de fait a eu comme conséquences, des difficultés d’accès aux d’accès aux marchés urbains et transfrontaliers pour l’écoulement des produits, aux pâturages et aux points d’eau pour l’alimentation du bétail.

Une taxation qui pénalise le lait local

Le gros danger qui guette le lait local africain, depuis des années, est « l’envahissement du marché africain » par les produits laitiers en provenance des pays européens.  En 2018, ce sont 276 892 tonnes de mélange de lait écrémé-matière grasse végétale (MGV) en poudre importés d’Europe vers l’Afrique de l’ouest.

Cette menace est accentuée par les tarifs douaniers avantageux. Le lait en poudre écrémée ré-engraissée à l’huile de palme ou à MGV est taxé à 5% selon le tarif extérieur commun (TEC) adopté en 2014-2016 de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette taxation clémente permet ainsi à ce type de lait d’être vendu à 30 à 50 % moins cher que le lait local.

Face donc à cette concurrence, c’est la survie de 48 millions de pasteurs et d’agro-pasteurs en Afrique de l’Ouest qui est menacée. Les acteurs engagés dans la défense et la promotion du lait local craignent que la crise de la Covid-19 ne vienne accentuer la situation.

« La crise du Covid-19 va exacerber la concurrence des poudres de lait importées sur le marché laitier d’Afrique de l’Ouest et du Centre en ce sens que la politique de l’[Union européenne] visant à subventionner le stockage de la surproduction de lait en Europe engendrera forcément un déstockage vers l’Afrique, ce qui pourrait anéantir les efforts publics visant la construction de la filière dans ces deux régions, comme l’offensive régionale lait (une marche virtuelle est prévue à ce propos d’ici le prochain sommet ordinaire des Chefs d’Etats de la Communauté) engagée par la CEDEAO dans le cadre de la politique régionale d’appui au secteur agro-sylvo-pastoral et halieutique. » s’inquiète Hindatou Amadou, coordinatrice de la campagne régionale Mon lait est local.

Que faire ?

Si le lait local n’est pas protégé, c’est tout un écosystème et l’ensemble de ses acteurs qui sont menacés, s’alarment les porteurs de la campagne. Que faire ? « Il urge alors de prendre des mesures politiques adéquates pour freiner cette invasion des produits laitiers européens » suggère Hindatou Amadou.

Par ailleurs, les organisations (55 au total) engagées dans la campagne Mon lait est local  demandent à la CEDEAO, 1- de relever les taxes à l’importation des produits laitiers, 2- de prendre des mesures ciblées d’exonération de TVA sur le lait local, 3- de renforcer la transparence de marché – y compris sur les mélanges de poudres rengraissées avec des huiles végétales et par l’étiquetage sur l’origine et la teneur en lait, 4– de conditionner les investissements étrangers dans des industries laitières à des obligations de collecte de lait local et enfin, 5- d’utiliser les nouvelles recettes fiscales pour soutenir le développement de la filière lait local.

Afin de maintenir la pression, les initiateurs de la campagne ont initié, depuis 2018, une pétition (► ici). Elle a pour objectif de « pousser les chefs d’Etat et les responsables des institutions régionales à protéger et promouvoir véritablement ce secteur vital de leur économie. » Déjà signée par plus de 36 200 personnes, la pétition compte rassembler 55 000 signatures.

Basidou KINDA

 

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