Guinée : la galère des acteurs de la filière du bois

Depuis le mois de juin dernier, la coupe et le transport du bois sont interdits en République de Guinée. Cette interdiction a été motivée par la découverte, dans les préfectures de Mamou et Faranah, d’importants réseaux de coupe abusive et d’exportation du bois de vène vers la Sierra Léone. Et, elle vise surtout à préserver le patrimoine forestier guinéen en souffrance depuis quelques années. Seulement, cette interdiction, bien que salutaire pour le pays, est très pénible aujourd’hui pour les acteurs de la filière bois. Nombreux sont actuellement les vendeurs de bois et les ouvriers (notamment) qui se plaignent de la rareté du bois sur le marché. Et, les plaintes s’entendent davantage à Conakry qui quasiment de l’intérieur du pays pour ce qui est des ressources forestières.

Dans les lieux de dépôt et de vente du bois à Bonfi (dans la commune de Matam) où Guineematin.com a dépêché un de ses reporters hier, jeudi 19 août 2021, les acteurs de la filière vivent cette interdiction comme un véritable supplice. Les réserves s’épuisent peu à peu et le prix actuel du bois sur le marché fait fuir les clients…

Alya Camara, vendeur de bois à Bonfi

« Nous vivons avec beaucoup de difficultés, parce qu’on n’a pas de moyens. Et, lorsqu’on donne les prix de nos bois à nos clients, ils trouvent que c’est très cher. Mais, quand un produit devient rare sur le marché, les prix augmentent. Ceux qui ont eu l’occasion d’avoir un peu de stock dictent leurs prix, sachant bien qu’ils ne pourront pas, eux aussi, renouveler le stock ; il faut l’accepter. L’organisation à la tête de la filière a demandé de baisser les prix ; mais, lorsque les stocks vont finir, il n’y aura plus de bois du tout. Nous sommes au début du troisième mois de cette interdiction ; malheureusement, nous ne savons pas combien de temps cela va durer, alors que nos difficultés sont encore là. Il y a de nombreuses personnes qui vivent du secteur, parce que le bois est très consommé chez nous », a expliqué Alya Camara, vendeur de bois.

Apparemment, l’interdiction de la coupe et du transport du bois a pris de court les acteurs de la filière à Conakry. En tout cas, cette décision a été prise à un moment où beaucoup d’entre eux ont des dépôts de bois à l’intérieur du pays.

« Avant, lorsque ce moment (interdiction de la coupe du bois) approche, les autorités avaient l’habitude de nous informer en disant pendant telle période on ne coupe pas le bois. Ce qui permet aux exploitants qui sont dans la brousse de rentrer, parce que là c’est ordonné. Donc, on revend durant ce temps les stocks que nous avons. Mais, cette fois, la décision du ministère est tombée comme ça, sans avertissement. C’est plus tard que nous avons appris qu’il y a certains parmi nous qui coupent le bois n’importe comment. Qu’ils auraient touché à une forêt classée. C’est un groupe qui travaille avec des chinois basés en Sierra Leone. Maintenant, toute la filière bois est affectée par la décision, alors que les bois de certains commerçants sont bloqués en brousse là-bas. C’est pourquoi les prix des bois qui sont là augmentent chaque fois. Donc, l’interdiction est arrivée d’un coup, sinon d’habitude nous sommes informés via une circulaire avec des dates bien précises, généralement avec deux mois d’avance pour permettre aux commerçants de transporter leurs bois de la brousse vers les lieux de stockage. Malheureusement, cette fois on n’a pas eu cette chance. Ils ont subitement tout bloqué au niveau du ministère de l’environnement », a indiqué Alya Camara.

Cependant, les effets de cette interdiction n’éprouvent pas les vendeurs de bois. Ceux qui travaillent avec le bois (notamment les menuisiers) sont aussi impactés. Le bois est leur matière première pour la fabrication des meubles ; et, il vaut de l’or actuellement sur le marché. Depuis l’entrée en vigueur de cette interdiction, le prix du bois connaît une hausse vertigineuse. Le prix d’une planche a quasiment doublé sur le marché.

Mangué Camara, menuisier à Dabondy Bas-fond

« A l’heure actuelle c’est un peu difficile de trouver du bois. Avant on payait un madrier entre 700 000 et 800 000 francs. Actuellement, le même madrier est vendu jusqu’à 1 200 000 francs. Une planche qui était vendue entre 40 et 50 000 francs est revendue actuellement jusqu’à 80 voire 85 000 francs. Alors, si nous payons ces bois à ces prix-là, comment allons-nous travailler ? Or, nous avons des familles à nourrir, des loyers à payer et nous aussi avons envie d’avoir nos propres maisons. Mais, comment peut-on les avoir avec toutes nos actuelles difficultés ? En plus de la cherté du bois, les autres matériels qui entrent dans la fabrication de nos meubles sont aussi chers. On travaille, mais on arrive à peine à avoir ce que nous mangeons, c’est difficile. On a quelquefois des clients, mais lorsqu’on leur dit les prix, ils se retournent directement, parce qu’ils ne peuvent pas l’avoir », a indiqué Mangué Camara, menuisier à Dabondy Bas-fond.

Mamadou Yaya Diallo pour Guineematin.com

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