Musiques de revendications sociales: l’œuvre des paroliers ou des troubadours

Hamidou Valian, une virtuose du slam décédé le 30 avril 2018

Le Rap et le Slam sont aujourd’hui prisés par la jeunesse. Ce sont des musiques héritières des musiques à parole fait des généalogies et des hauts faits magnifiés. Dans l’Afrique jadis, la parole dite dans la chanson occupait le quotidien des Africains. Pendant les soirées à la claire de lune ou en saison sèche à l’ombre des arbres ou dans les cours royaux, les griots déployaient leurs talents d’artiste multidimensionnel. Une parole dite en chanson par une ruche de miel dans la voix ne peut qu’emporter celui qui écoute aux anges. Les artistes aujourd’hui sont les continuateurs par leurs compositions. Ils ont souvent la chance que leurs arts survivent à leur départ physique.

Deux nouveaux genres de musique se sont imposés aux villes africaines : Le Rap et le Slam. Les acteurs du secteur les ont nommés musiques urbaines comme si les dandys d’aujourd’hui en campagne s’en privent. Les slameurs sont des poètes des rues. Ils sont les dignes héritiers de Léopold Sedar Senghor, de Victor Hugo, d’Arthur Rimbaud. Quand on écoute les slameurs du groupe Qu’on sonne et va aile, on ne peut que sublimer les belles lettres.

Dans un titre intitulé : «  Mon art de vivre » de leur tout premier opus nommé « Siraba », le regretté Hamidou Valian pose avec sa grave. Il décrit le ravage du capitalisme qui annihile l’effort d’un grand nombre qui aspire à vivre mieux. Il dénonce la flatterie humaine dans un style poétique qui ne laisse personne indifférent : « On rêve tous de vivre vieux, mais la vie est en chute libre. On rêve tous de vivre mieux mais le capital accentue le déséquilibre. Alors mon art est d’écrire, mon art est de dire, ce que je vis, ce que je vois sans voile, ni artifice. Mon art est de partager mes rêves, mes craintes, mes espérances. Il parait que la vie est belle, mais autour de moi il y a trop des gens qui bêlent. Mouton de panurge que de jour en jour le système gruge. Il parait que la flatterie est le miel des relations humaines mais on ne trompe pas un homme, un homme se trompe lui-même. »

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Ce texte comporte deux choses : la beauté de la parole dite et la vérité incarnée par le verbe quand elle est déclamée ou dite selon le jargon de Slam. Cet art, qui plus d’une décennie s’impose aux mélomanes, ressemble à peu de chose à son frère : le Rap. Ces deux styles de musiques sont devenus des musiques de revendications sociales. Ils expliquent, dénoncent les errements quotidiens des hommes mais magnifient aussi les progrès et les victoires de la vie de tous les jours.

Le Rap et le Slam par le génie des artistes qui sont dépositaires des deux genres ont été tropicalisés. Les instruments de musiques traditionnelles sont utilisés à souhait. Quand  Qu’on sonne et va aile (lire consonne et voyelle) déclame « la lettre d’Ibrahim » un des morceaux dans Siraba, le slameur est accompagné par un « Ngoni » un vieux instrument de musique utilisé par les griots mandingue depuis les temps jadis.

Le duo entre le violoniste de Koudougou (Centre ouest du Burkina), Sibi Zongo et Smockey achève de convaincre que la substance de la musique appartient aux Africains, l’incorporation des instruments du terroir se fait sans éroder le code universel du genre musical. Le texte dans les chants est africain. La preuve est donnée par le Bembeya Jazz dans « le regard sur le passé » en reprenant quelques phrases de l’hymne de l’empire de Wassoulou. Pour ce qui concerne les griots, l’hymne de l’Almamy Samory Touré assure : « Si tu ne peux pas expliquer courageusement tes pensées donne la parole aux griots. » Cette phrase corrobore l’assertion qui veut que depuis l’Afrique noire précoloniale, la musique africaine véhiculait des messages et que ce qui se fait aujourd’hui est l’héritage reçu des devanciers.

Les paroles sérieuses dans les cours de rois étaient dites en musique. Les enceintes des cours royaux étaient peuplées des griots musiciens. Pour un des journalistes de Radio Burkina aujourd’hui disparu, Osiris Issouf Sawadogo, la musique apparait comme la synthèse d’un discours fleuve ou la synthèse d’un essai, parce que ce qui se dit en si peu de temps peut constituer la quintessence d’un livre. Les musiques de tendance ou les musiques d’une saison ne s’encombrent pas des textes mais il y aura toujours des artistes musiciens qui donneront  un sens à leur art. Ces créateurs même s’ils fonts la musique commerciale, ils se mettent toujours à l’idée que ce qui résiste au temps est la création artistique qui touche le vécu quotidien des uns et les autres. Ils ne se privent pas de donner un contenu à leurs compositions.

En d’autres temps, il y a deux ou trois décennies, ceux qu’on appelait les artistes en herbe qui passaient à l’émission Contact Artiste de Karim Konaté à Radio Haute-Volta n’avaient que leurs guitares sèches, leurs voix et le texte qui donnait un sens à leurs musiques. Ils avaient également la magie par ces trois atouts de remplir la Maison du Peuple à Ouagadougou. Ils s’appelaient Abdoulaye Cissé, Samboué Jean Bernard, Oger Kaboré, Tondé Roger, etc. Ils étaient à l’image de GG Vicky du Bénin qu’on avait fini par surnommé le gentleman Vicky en hommage à un de ses titre intitulé « Gentleman Vicky ».

Dans une chanson qui exprime un amour déçu, il disait : «  Je te revois, je te vois étoile mais aujourd’hui je pleurs. Te souviens-tu de ces jeunes gens qui, la main dans la main te regardaient et confiaient tous joyeux leur bonheur. On s’est promis en ta présence de s’aimer pour toujours, mais seulement vois-tu étoile l’un de nous a trahi. Pendant des jours pendant des nuits je suis resté fidèle au souvenir de mon amour ses baisers et  ses caresses. » Ce type de chanson à de l’intérêt pour le grand nombre, parce que presque que tous subissent le miel et fiel de l’amour.

L’artiste est le miroir de la société. Il déploie son art pour les causes sensées qui ont de l’intérêt pour son public. C’est pour cela que quand il réagit sur des questions d’intérêt socio-politique ou culturel ou sur des questions d’intérêt économique sa voix porte. Surtout quand elle est réellement audible en termes d’engagement. La musique de tendance faite de brouhaha à la limite insensée c’est bon, car nul n’a le goût de l’autre, mais quand elle parle aux mélomanes même dans une langue qu’ils ne comprennent pas, ils devinent  la portée du message.

Saglba Yaméogo  

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