Trente, c’est le nombre d’années qu’aura mis la multinationale du pétrole Shell pour enfin accepter de verser des indemnités aux communautés touchées par le déversement d’hydrocarbures responsable de marées noires dans le delta du Niger durant les années 1970. Il faut savoir que la compagnie pétrolière anglo-néerlandaise a usé de nombreux recours devant les tribunaux pour éviter la condamnation, mais s’est finalement résignée à payer sous ordre de la Cour suprême nigériane. L’information a été confirmée mercredi 11 août par les avocats des deux parties.

Quand des villageois se lèvent contre l’exploitation pétrolière et ses destructions

En tête de cette longue bataille juridique, des ONG environnementales, dont le Mouvement pour la survie du peuple Ogoni (Mosop), qui accusent depuis plus de 20 ans Shell de dégradation environnementale et de négligence en pays Ogoni, cette région du delta du Niger aux mangroves dévastées par la pollution pétrolière. « L’ordre de paiement de 45,9 milliards de nairas (94,9 millions d’euros) aux plaignants vise à satisfaire entièrement et à titre définitif le jugement rendu », a déclaré la filiale nigériane de Shell, la Shell Petroleum Development Company of Nigeria Limited (SPDC), dans un communiqué.

Shell a été condamné une première fois en 2010, mais la compagnie avait contesté à plusieurs reprises le jugement, en vain. La compagnie a finalement trouvé un accord devant la haute cour de justice d’Abuja avec la communauté.

L’avocat représentant les communautés de Ejama-Ebubu dans l’État de Rivers, Lucius Nwosu, a confirmé à l’AFP cette décision. « Ils étaient venus à bout de leurs manigances et ils se sont résolus à accepter l’offre », a déclaré Me Nwosu. « Cette décision fait suite à la détermination de cette communauté à obtenir justice », a-t-il ajouté.

Concrètement, les principaux moyens de subsistance que sont l’agriculture et la pêche ont ainsi été détruits dans une région déjà fortement touchée par le chômage, où la majorité des jeunes vit avec moins de deux dollars par jour.

Responsable mais pas coupable ?

La société anglo-néerlandaise Shell a accepté le versement d’une compensation à cette communauté mais a toutefois maintenu que les déversements de pétrole avaient été causés par des tiers durant la guerre civile du Nigeria de 1967 à 1970, au cours de laquelle de nombreux oléoducs et infrastructures ont été endommagés. Le Mouvement pour la survie du peuple ogoni (MOSOP) s’est aussitôt félicité dans un communiqué de cette décision. « Nous espérons que ce jugement fournira les fondations pour répondre à la longue et durable injustice subie par le peuple Ogoni. »

En 2015, Shell avait accepté de payer 70 millions de dollars (63 millions d’euros) de compensation à quelque 15 500 habitants dans l’Ogoniland et a accepté de commencer le nettoyage d’une marée noire en 2008, même si la compagnie a toujours assuré que les sabotages artisanaux par les habitants des oléoducs étaient les premières causes de pollution.

Un champ de ruines

Plus gros producteur de pétrole en Afrique avec 2 millions de barils exportés chaque jour, le Nigeria exporte en moyenne deux millions de barils de brut par jour, ce qui représente 90 % des revenus d’exportation du pays. Mais le géant d’Afrique de l’Ouest est le théâtre depuis 50 ans d’une exploitation pétrolière extrêmement polluante. « Les entreprises pétrolières ont détruit l’écosystème de la région à travers leurs opérations », affirme Michael Karikpo, de l’ONG Environmental Rights Action.

Le pipeline qui traverse la zone du delta du Niger, où vivent quelque 50 000 personnes, a subi de multiples sabotages et attaques rebelles depuis une vingtaine d’années. Selon Shell, 21 fuites y ont été recensées, entre 2009 et 2018. La compagnie assure avoir respecté ses engagements en matière de nettoyage et d’aide aux communautés affectées ? quelle que soit la cause des fuites, c’est la mutinationale qui doit réparer les dégâts selon la loi nigériane.

Dans l’Ogoniland, il a fallu un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE, 2011) pour que le gouvernement lance enfin un nettoyage dans la région, qui devrait durer environ 30 ans et coûter plus d’un milliard de dollars. Mais les travaux n’ont débuté qu’en janvier 2019… à quelques semaines seulement de l’élection présidentielle du 23 février qui a vu la réélection du président Muhammadu Buhari.

Entre-temps, sans savoir bien distinguer les coupables des responsables, l’histoire se répète dans toute la région du delta : pollutions environnementales, négligences, sous-développement, pauvreté et frustration.

 

source : Le Point Afrique

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