Pour être l’Africain le plus riche « Je dois faire dix pas quand un Nigérian doit en faire deux » Lassiné Diawara, homme d’affaires burkinabè

Lassiné Diawara, homme d'affaires burkinabè

Il est considéré comme un modèle de réussite économique et sociale. Lassiné Diawara, l’homme touche-à-tout, a le flair des affaires fondé sur le sens du relationnel. A 70 ans, il n’est plus à présenter. Pour ce tout premier numéro de Hakili Times Magazine, il a accepté, malgré un emploi de temps surchargé, nous accordé cet entretien. Une entrevue dans laquelle il repasse en revue son parcours mais aussi sa vision du développement économique du Burkina Faso confronté aujourd’hui aux enjeux sécuritaires. Ce magnat de l’économie burkinabè a bien les pieds sur terre quant à l’ambition d’être l’Africain le plus riche ou d’être parmi les Africains les plus riches en tant que Burkinabè.

Hakili Times (HT)

Monsieur DIAWARA, Vous êtes perçu comme un personnage discret et à la fois très influent. Un modèle de réussite économique et sociale qui donne envie et qui fait rêver beaucoup de personnes, notamment les jeunes générations. Dites-nous quelque chose sur votre parcours de vie et cette success story qui fait aujourd’hui référence, n’en déplaise à votre modestie, également connue et tout aussi légendaire.

Lassiné DIAWARA (LD)

Mon parcours de vie est assez ordinaire et se confond à celui des enfants de mon âge des années 60 qui, après l’école primaire publique, le collège ou le lycée, certains d’entre nous ont pu suivre un cursus universitaire. Pour ce qui me concerne, après l’IUT et l’université du bénin au Togo, j’ai obtenu une maîtrise en sciences économiques option gestion.

Dans les années 1970 plus qu’aujourd’hui, nous avions la chance avec ces diplômes d’accéder à de hautes fonctions. C’est ainsi que j’ai intégré la Chambre de Commerce en 1974 comme Secrétaire Général Adjoint, pour être nommé respectivement comme Représentant de la Chambre de Commerce à Lomé en 1977, et Secrétaire Général en 1980.

Ces différentes responsabilités et les expériences acquises  à la tête d’une institution prestigieuse comme la Chambre de commerce vont me permettre d’intégrer la Communauté économique de l’Afrique de l’Ouest, (UEMOA actuelle) comme économiste en charge de la promotion des échanges de 1984 à 1990.

Juste après la CEAO, j’ai intégré le Groupe Bolloré en 1990. C’est à partir de là que débutera ma carrière d’homme d’affaires.

Pour la plupart des hommes d’affaires burkinabè, détenir l’intégralité du capital d’une entreprise semble être l’objectif ultime. Pour ma part, j’ai plutôt préféré avoir 10 ou 15% du capital de sociétés qui marchent bien, que de tout posséder avec des problèmes.

Toutefois, dans beaucoup d’interviews où j’ai été appelé à parler de mon parcours, j’ai toujours évoqué d’abord la chance que j’ai eue qui a été d’abord de travailler à la Chambre de Commerce en tant que Secrétaire Général, puis à la CEAO comme Economiste et ma rencontre avec le Patron du Groupe Bolloré. Ce sont ces expériences qui ont forgé ma carrière.

Aussi, il faut le souligner, la réussite c’est avant tout le sens élevé des relations humaines. Ces relations sont déterminantes pour toute entreprise et, très humblement, j’ai intégré de nombreuses sociétés grâce à ces relations.

Comme tout le monde, vous avez certainement connu des hauts et des bas dans votre parcours professionnel et personnel. Si vous devriez les résumer, quels sont les maîtres-mots de votre endurance et de votre persévérance, quand viennent les moments les plus difficiles pour vous à surmonter ?

Lorsqu’à seulement 28 ans, tout jeune sans grande expérience, j’étais tout seul sur le port de Lomé en vue de créer la représentation de la Chambre de Commerce pour faciliter le transit des marchandises en destination de la Haute-Volta, n’eussent été l’abnégation, la volonté et la confiance que certains responsables m’avaient accordée, l’aventure allait être très difficile.

Après avoir pendant longtemps été acteur et très actif au niveau national à Ouagadougou, vous présidez aujourd’hui la délégation consulaire régionale des Hauts Bassins de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Burkina Faso. Que signifie pour vous ce retour aux sources ? Dans quelles perspectives peut-on inscrire l’action de votre gouvernance, en vue notamment d’une relance de l’activité économique à Bobo-Dioulasso ?

Le secteur privé a connu, au cours de ces dernières décennies, de nombreux changements qualitatifs. En effet, après un long processus de relecture des textes fondateurs qui ont permis de revoir la configuration de notre prestigieuse institution qu’est la Chambre de Commerce et d’Industrie du Burkina Faso, les élections consulaires se sont tenues en 2016.

Cette volonté avait beaucoup d’objectifs, dont celui de rapprocher davantage la CCI-BF de ses ressortissants.

Après des grands présidents qui se sont succédé à l’Ouest, notamment le Dr André KAMBOU et El Hadj Dianguinaba BARRO, c’était mon tour d’apporter ma contribution au développement économique de cette partie Ouest du Burkina Faso, qui a guidé mes premiers pas. C’est donc un devoir agréable de poursuivre le renforcement et la consolidation du tissu économique local de cette région, à travers l’amélioration de l’ancrage institutionnel de la DCR (Délégation consulaire régionale, Ndlr) des Hauts Bassins. Pour cela, dans mon programme, huit priorités ont été dégagées. Parmi celles-ci figure la gouvernance. A cet effet, mes actions en faveur du développement des entreprises de la Délégation Consulaire Régionale sont basées sur quatre (04) principes :

  • la responsabilité, qui implique une gestion efficace et rationnelle des ressources financières ;
  • la prévisibilité à travers des processus et procédures clairement définies et adaptées au contexte régional et international ;
  • la transparence dans la gestion ;
  • la participation ou l’implication véritable des entreprises et organisations professionnelles dans toute action importante entreprise par l’Institution.

En matière d’investissements économiques, vous avez la réputation d’être un véritable « touche-à-tout ». Banque, Assurance, Industrie, Logistique, Foncier, Agroalimentaire… rien ou presque ne vous échappe ni ne vous résiste. On a presqu’envie de vous demander Quel est le secret du flair et de la gestion réussie d’autant d’actifs et activités économiques ?

Le « secret » dans les affaires ou dans toute autre activité, qu’elle soit professionnelle, économique ou sociale, c’est d’abord l’organisation et la persévérance. L’organisation nous permet de bien gérer le temps, de le maîtriser et de faire par conséquent plusieurs activités à la fois.

Comme vous le savez, les chocs sont fréquents dans l’environnement économique et la réussite dépendra aussi de notre capacité à résister et persévérer, malgré les moments difficiles.

Outre vos nombreux intérêts économiques, on vous sait aussi très impliqué et engagé dans le social. A titre privé personnel ou par le truchement des clubs services, dont vous êtes au plan national l’un des plus grands mentors et généreux donateurs, vous intervenez beaucoup pour soulager un tant soit peu les plus démunis. Si l’on considère que la fortune ne rime pas nécessairement avec générosité, peut-on savoir d’où vous vient cette fibre sociale particulièrement prononcée ?

C’est un devoir pour l’homme d’aider les autres et, au niveau du Lions Club international, son père fondateur affirmait à sa création il y a déjà plus de 100 ans que « l’on ne peut aller bien loin dans la vie, si l’on ne fait pas quelque chose pour quelqu’un d’autre ».

 De même, par mon éducation et mes références sur le plan social, la solidarité est une valeur cardinale transmise de génération en génération.

On vous dit très fidèle en amitié. « Un ami des bons et des mauvais jours », comme vous l’avez vous-même signifié un jour. Pour quelqu’un comme vous, dont certains ont beaucoup tendance sûrement à lorgner plutôt l’argent et les richesses, n’y a-t-il pas de risque de déception liée à une trop grande confiance aux valeurs morales et aux relations humaines ?

 Il y a un adage qui dit : « la déception ne vient jamais des autres, elle n’est que le reflet de nos erreurs de jugement ».

 Pour ma part, je préfère en général me concentrer sur les nombreux aspects positifs que je retire des relations que j’entretiens avec la plupart des personnes merveilleuses que Dieu met sur mon chemin. C’est une joie immense d’avoir beaucoup d’amis à travers le monde, de les rencontrer et d’échanger avec eux sur divers sujets de la vie professionnelle ou sociale.

Le Burkina Faso traverse une période particulièrement sensible et difficile de son histoire. Cela se ressent notamment sur l’activité économique, dont vous êtes un acteur majeur. Au-delà de toute prise de position, que pensez-vous qu’il puisse être fait, pour sortir le pays de cette espèce de marasme ambiant et persistant ?

Le pays a toujours su faire face aux nombreux défis de son histoire, depuis l’ère des indépendances, en passant par la période révolutionnaire jusqu’à nos jours.

Je reste donc convaincu qu’ensemble, nous saurions trouver les solutions idoines pour juguler les difficultés actuelles, afin de continuer victorieusement notre marche vers le progrès économique et le développement social de notre pays.

Nous disions au début de cette interview que vous êtes un personnage à la fois discret et très influent. Deux atouts et qualités qui se complètent à souhait et qui concourent sans doute à faire de vous le redoutable homme de réseau au niveau national et international tel que l’on vous décrit. Est-ce vrai ? Ou bien cela relève-t-il de la mythologie qu’une certaine opinion, un peu people, aime souvent se construire ?

Comme indiqué plus haut, je réaffirme qu’au-delà de tous ces efforts de travail, la réussite est aussi liée à nos capacités à tisser des relations humaines avec les autres. Ne dit-on pas que c’est l’homme qui fait l’homme ?

Chacun a son réseau qu’il peut toujours faire grandir. Le mien a été construit avec des amis d’enfance et forgé par les relations au niveau du travail, à travers dans un premier temps un parcours en tant que fonctionnaire de la Chambre de commerce et plus tard comme homme d’affaires.

Sans indiscrétion et si vous nous permettez de faire l’avocat, est-ce que vous parvenez, au milieu de tout ceci, à trouver et à laisser suffisamment de temps et d’espace à une vie de famille ?

Oui, malgré mes occupations, j’essaie d’être disponible pour ma famille et mon souhait aurait été de le faire davantage.

Parmi les nombreux défis que vous avez dû relever, si vous devriez choisir l’œuvre que vous avez accomplie avec le plus de fierté et de satisfaction à ce jour, ce serait laquelle ?

En général, l’homme est plus fier de son premier accomplissement que de l’ensemble des autres qui viendront après. Jeune d’à peine 30 ans  à la Chambre de Commerce d’Industrie et d’Artisanat de la Haute-Volta, la mise en place de la représentation de l’institution à Lomé a été l’une des prouesses dont je suis fier. C’était du reste le commencement d’une carrière longue de plus de 40 ans.

“A l’endroit de la jeunesse, j’ai juste trois mots : travail, rigueur et persévérance.„

 

Qu’auriez-vous fait autrement ou pas du tout dans votre vie si c’était à refaire ?

On ne finit jamais d’apprendre. Je continue toujours dans ce sens, surtout dans un monde en perpétuelle évolution. Mais « l’erreur n’annule pas la valeur de l’effort accompli », selon un proverbe africain. Bien au contraire, elle conseille plutôt pour le futur. Donc je ne regrette rien, puisque je gagne toujours en expérience. J’espère que Dieu m’a donné beaucoup de choses.

Un message pour cette jeunesse qui vous regarde, vous admire et n’aspire qu’à une chose dans la vie : réussir et être un jour comme Lassiné DIAWARA ?

A l’endroit de la jeunesse, j’ai juste trois mots : travail, rigueur et persévérance.

De plus en plus, affaire rime avec amoralité et absence de valeur. Vous êtes une illustration du contraire, avec votre sens élevé des valeurs et de l’éthique. Comment pensez-vous promouvoir plus d’éthique dans l’environnement des affaires mais également dans la vie tout court dans notre monde d’aujourd’hui ?

 Effectivement de plus en plus, il y a un affaissement des valeurs et de l’éthique dans le monde des affaires. Tout comme il est courant d’entendre que notre système éducatif se doit d’être reformé, avec l’Institution consulaire, nous œuvrons dans ce sens avec beaucoup plus d’accompagnement et d’intégration de valeurs africaines que nos ancêtres chérissaient par leurs comportements quotidiens. Ce sont le principe d’honnêteté, d’intégrité, d’équité, de justice sociale ; le tout dans la discipline dans les activités économiques. Toutefois, c’est l’enfant d’aujourd’hui qui est l’homme d’affaires de demain. Ainsi, ce défi nécessite lui aussi une implication dès la base, à commencer par les parents qui ne doivent plus se soustraire de l’éducation de leurs enfants.

En affaires par exemple, l’éthique du travail est l’un des facteurs de réussite d’un individu ou d’une organisation sur une période plus ou moins longue. Pour juste indiquer qu’on peut tricher à court terme, mais on ne pourra le faire éternellement.

Qu’est-ce qui peut être véritablement envisagé par les acteurs économiques de Bobo Dioulasso, les leaders, femmes et hommes d’affaires, pour en faire au-delà d’une vraie capitale économique, une ville moderne de rayonnement international, ancrée dans une culture qui ne se perd pas de génération en génération ?

Le développement de Bobo-Dioulasso passera par des investissements structurants dans cette ville. J’invite donc les opérateurs économiques à y investir massivement, afin de valoriser les potentialités économiques dont regorge la région. En qualité de président de la CCI-BF des Hauts-Bassins, je m’investis à :

  • renforcer la gouvernance consulaire et le dialogue avec les autorités ;
  • renforcer la synergie avec les structures d’appui au secteur privé ;
  • réaliser des infrastructures structurantes et développer des services non-financiers nécessaires aux entreprises ;
  • libérer le potentiel entrepreneurial des jeunes et des femmes ;
  • accompagner la formalisation du secteur informel ;
  • agir pour l’accès des entreprises aux financements ;
  • promouvoir et accompagner la transition des entreprises de la région vers le numérique et le développement durable ;
  • et contribuer à une meilleure insertion des entreprises de la région dans le commerce international.

Pensez-vous que des mesures utiles sont en place dans la perspective de la floraison des industries extractives dans la région, à l’exemple des pays du Sud de l’Afrique en termes de protection de l’environnement, de la communauté et d’une gestion équitable des ressources en faveur d’abord des communautés ?

L’installation d’une industrie extractive est un long processus qui obéit à plusieurs phases. Elle requiert la délivrance d’autorisations délivrées par des autorités compétentes. J’estime par conséquent que toutes les conditions sont réunies pour assurer la protection de l’environnement et des populations.

Il est de plus en plus question du triangle Senoufo, du triangle du balafon, mais aussi de la Zone économique spéciale Sikasso-Korhogo-Bobo-Dioulasso. Comment concrètement en faire un moteur du développement, avec des résultats et des performances en termes d’investissements étrangers, de création d’emplois, notamment pour les jeunes et les femmes, et d’accroissement de l’accès à la technologie et d’amélioration des conditions de vie des populations ?

Le projet de la Zone Economique spéciale justement a toute sa chance de se développer et la ville qui en bénéficiera le plus est bien entendu Bobo-Dioulasso, qui se trouve entre les deux autres. Il s’agira plus concrètement de :

  • mettre en place des infrastructures structurantes (aéroport, barrages, extension port sec au vu du trafic, école de formation professionnelle de qualité, énergie et communication, etc.), pour anticiper les besoins des investisseurs ;
  • élaborer un code des investissements relatifs à la ZES très alléchant et plus incitatif ;
  • créer un environnement des affaires sain et sécurisé pour chaque investisseur (à travers un cadre légal et règlementaire bien structuré et des institutions étatiques veillant au bon respect des règles dans un environnement sécuritaire fort appréciable).

 

…avant tout tournait autour des matières premières agricoles que l’on trouvait davantage dans la région de l’Ouest dont la principale ville était Bobo-Dioulasso.

Par ailleurs, la position géographique de Bobo en avait fait un carrefour d’échanges pour l’approvisionnement de la Haute-Volta et des pays frontaliers comme le Mali et dans une certaine mesure le Niger.

Bobo Dioulasso est considéré comme la capitale économique du Burkina Faso, mais de nom. A votre avis, est-ce qu’il y a des raisons particulières qui peuvent expliquer cet état des faits ?

Dire que Bobo a été une capitale économique de nom, je ne pense pas que cela soit vrai. Si nous remontons le temps, pendant la période coloniale, le territoire de la Haute-Volta constitué en 1919 a connu beaucoup d’activités économiques concentrées autour de la ville de Bobo-Dioulasso, et ce jusqu’aux années 1960.

Au cours de cette période, Bobo-Dioulasso était effectivement la capitale économique de par le potentiel agricole de la région de l’Ouest.

En effet, on y trouvait aussi bien les productions céréalières que les cultures de rente qui constituaient déjà la base d’un commerce florissant à Bobo-Dioulasso.

Déjà à cette époque, la ville de Bobo-Dioulasso bénéficiait de la réalisation d’infrastructures de voirie urbaine, comparativement à la ville de Ouagadougou.

Les premières industries manufacturières et agro industrielles du Burkina Faso ont vu le jour à Bobo-Dioulasso : la CITEC, les Brasseries, les usines CFDT (ndlr : Compagnie française pour le développement des fibres textiles) et plus récemment dans les années 1960 la MABUCIG, la SAP OLYMPIC, pour ne citer que celles-là. C’est dire qu’avant tout tournait autour des matières premières agricoles que l’on trouvait davantage dans la région de l’Ouest dont la principale ville était Bobo-Dioulasso.

Par ailleurs, la position géographique de Bobo en avait fait un carrefour d’échanges pour l’approvisionnement de la Haute-Volta et des pays frontaliers comme le Mali et dans une certaine mesure le Niger.

Ce rôle de carrefour s’est consolidé avec la construction du chemin de fer Abidjan / Niger qui desservait déjà Bobo-Dioulasso en 1934. Comprenez donc que la réalité économique se trouvait dans la région de Bobo à cause de ces atouts. Le transfert des activités vers Ouagadougou n’interviendra surtout qu’après l’indépendance de la Haute-Volta en 1960.

Ouagadougou devenu Capitale politique et administrative, les décideurs du monde économique qui se trouvaient installés à Bobo ont transféré pour la plupart leurs activités économiques à Ouagadougou. A mon avis, Bobo garde toujours ses atouts, pour jouer un rôle économique primordial, dans la mise en valeur et la transformation de son potentiel agricole qui va certainement se renforcer avec la mise en activités du barrage de Samandeni.

De 1960 à nos jours, les activités commerciales et industrielles de notre pays se sont concentrées autour de la ville de Ouagadougou et on peut noter que 75 % des industries sont installées à Ouagadougou.

Mais Ouagadougou semble aujourd’hui atteindre ses limites dans ce domaine. Aussi, nous avons intérêt à créer d’autres pôles urbains importants qui puissent drainer une partie des énergies productives de notre pays.

En effet Ouagadougou ne peut s’étendre indéfiniment et Bobo doit être une alternative immédiate pour le développement d’un pôle de croissance économique.

Etre l’Africain le plus riche ou faire partie des Africains les plus riches en tant que Burkinabè. Est-ce une ambition qui vous anime ?

Pour répondre à cette question, il est important d’analyser les critères propices  qui ont permis à certains comme Dangoté d’être l’homme le plus riche d’Afrique. Il y a un critère important, c’est le facteur pays. Dangoté appartient au pays qui a le plus important PIB (ndlr: Produit intérieur brut) du continent africain. En dehors du facteur pays qui offre beaucoup de possibilités, d’opportunités pour les hommes d’affaires, il y a la politique gouvernementale. On évoque souvent une citation de l’ancien président Obasanjo (ndlr : président de la République fédérale du Nigéria du 29 mai 1999 au 29 mai 2007), je cite : « Je regrette une chose, pendant mon passage au pouvoir, c’est de n’avoir pas atteint l’objectif que je m’étais fixé de fabriquer cent milliardaires en dollars avant de quitter le pouvoir. Mais je suis arrivé à en créer à peu près vingt. » C’est dire qu’on a décidé de créer un environnement des affaires attractif pour l’émergence de champions nigérians. De façon volontaire, l’Etat a décidé de favoriser ou de céder certaines activités à des nationaux nigérians avec des facilités d’accès aux financements.

Je crois que ces facteurs ne sont pas toujours remplis dans mon pays. Et je ne suis pas sûr que même si nous avons la volonté de le faire, qu’on ait le potentiel d’un pays comme le Nigeria. Ceci étant, nous sommes dans un espace d’intégration sous-régionale. Dans ce cas de figure, des hommes d’affaires partant du Burkina Faso, ayant des qualités intrinsèques d’entrepreneurs peuvent être les hommes les plus riches de l’UEMOA ou de la CEDEAO, grâce aux dispositions communautaires qui leur permettent de faire des affaires dans tous les pays de l’espace économique. Cela est bien possible.

Je reste donc réaliste pour dire que quand un Nigérian doit faire deux pas, je dois en faire dix. Assurément, nous devons fournir beaucoup plus d’efforts au regard de nos réalités. 

Propos recueillis par Edjo Kanko

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